L’Inde, pays du viol ?

Véritable fléau en Inde, le viol est devenu un sujet de société. Si le gouvernement propose de nouvelles mesures pour lutter contre, son action reste très limitée. 

Le 16 décembre 2012, Jyoti Singh, une étudiante de 23 ans avait été violée avec une extrême brutalité par cinq jeunes hommes et un adolescent, alors qu’elle rentrait en bus d’une séance de cinéma. Une affaire qui provoqua une vague d’indignation en Inde et dans le monde entier.. Ce viol mit en lumière les défaillances d’un système qui jusqu’à alors fermait les yeux face aux violences subies par les femmes et permis de relancer le débat sur la peine de mort.

Une agression qui divise

De nombreuses manifestations pacifiques ont eu lieu en hommage à cette jeune fille, décédée de ses blessures quelques jours après. Si certains réclamaient égalité et justice, d’autres blâmaient la victime jugeant que ce n’est pas normal pour une femme de sortir seule le soir, de porter des vêtements « courts », ou encore qu’elle aurait dû se laisser faire plutôt que de se débattre. Une journaliste de la BBC a eu l’occasion d’interroger un des agresseurs. Celui ci reste persuadée de sa culpabilité allant jusqu’à accuser Jyoti Singh : « A decent girl won’t roam around at nine o’clock at night. A girl is far more responsible for rape than a boy » ( une fille décente ne serait pas dehors à 21h. une fille est bien plus responsable dans un viol qu’un homme ). Il rajoute même qu’instaurer la peine de mort ne permettrait pas de réduire les viols. D’après ses dires, cela inciterait au contraire à tuer leurs victimes pour éviter qu’elles parlent.

Et la justice dans tout ça ?

Selon un rapport publié par Human Rights en novembre 2017,  » les victimes de viol en Inde se heurtent à d’importants obstacles pour obtenir justice et avoir accès aux services d’aide essentiels ». Les hommes détiennent tout les pouvoirs, leur parole n’est que très rarement remis en cause. Méprisées, les femmes restent profondément muettes sur ces questions. 

Selon l’Humanité, en 2016, plus de 79 % des indiennes disaient avoir été agressées sexuellement au moins une fois dans leur vie. Les jeunes femmes ne sont pas prises au sérieux. Souvent, leurs proches les dissuadent de porter plainte par peur d’entacher l’honneur familial. Les accords à l’amiable entre la famille de la victime et celle de l’agresseur sont nombreux. Le but est d’éviter les scandales. Dans cette société très patriarcale ou la crainte de représailles est omniprésente, les abus sexuels ne sont que très rarement dénoncés.

L’affaire du viol collectif a permis de voir de nouvelles mesures de protection apparaîtrent. En 2013, le parlement indien a voté une loi durcissant les sanctions pénales vis à vis des agresseurs. Selon le Times of India, 93 % des policiers sont des hommes. Les victimes ne sont alors pas encouragées à parler. D’après une enquête menée par CNN world, seulement quatre plaintes sur les 24 206 recensées en 2011 ont abouti à une condamnation des agresseurs. Des chiffres effrayants qui ont poussé le gouvernement indien a engager plus de femmes dans les brigades.

La ville de Jaipur, au nord-ouest de l’Inde, a créé une brigade composée exclusivement de femmes. Equipées de scooters, caméras, talkie-walkie et bâtons, ces policières sillonnent les rues de la capitale du Rajasthan. Les femmes se confient davantage, elles sont plus en confiance et se sentent comprises. Elles vont à la rencontre des femmes, qui peuvent leur parler beaucoup plus facilement et les appeler pour porter plainte en cas d’agression. Ces dernières peuvent les contacter par WhatsApp. La brigade insiste sur l’anonymat des victimes.

 

 

Malgré ces progrès non négligeables, les abus sexuels sont encore trop présents en Inde. Selon un sondage menée par la fondation Thomas Reuters, Delhi prend la première place des villes mondiales ou les violences sexuelles sont les plus récurrentes. Le gouvernement essaye pour tant de trouver des solutions mais son affluence reste limitée. Les gouvernements fédéraux ne sont pas obligés de suivre les recommandations du parlement. La fléau du silence continue de régner dans ce pays aux mille facettes.  L’actualité confirme cette inefficacité. Récemment, une nouvelle affaire de viol collectif a éclaté en Inde entrainant colère et indignation. 

 

La dot : entre rupture et tradition 

Pratique intégrante de la culture indienne, ce système est au coeur de toutes les polémiques. 

Souvent la cible de nombreuses violences, les indiennes peinent à s’émanciper dans cette société très conservatrice.

Des discriminations qui se ressentent dès la naissance poussant à l’élimination physique quasi-automatique des filles. Les infanticides sont particulièrement fréquents en Inde.

A l’époque de la colonisation, les Britanniques avaient, dès lors, remarqué un nombre anormal de garçons. Une enquête avait alors été menée par les autorités coloniales aboutissant à la condamnation de cette pratique en 1870. Un rite qui malgré l’interdiction continue de perdurer.

Des meurtres qui se sont multipliés dans les années 1970 avec avec la légalisation de l’IVG et l’arrivée des techniques de dépistage prénatal permettant de détecter le sexe du foetus. Beaucoup de petites cliniques privées ont profité de ces avancées technologiques, la sélection des naissances est devenue une source de bénéfices. Un véritable trafic s’est mis en place. Un business assumé comme en témoigne certains slogans : « Dépensez 5000 roupies maintenant et économisez 500 000 roupies plus tard »

Etre une fille en Inde c’est aussi obéir à de nombreuses traditions. Des traditions qui peuvent s’avérer lourdes de conséquences. Une relation amoureuse ne peut être légitimée que par le mariage. Toute autre relation est proscrite par la loi comme le souligne le gouvernement. Les films Bollywoodiens et l’imaginaire romantique donner à voir une version très idéalisée du mariage indien. La réalité est pourtant toute autre.

La dot c’est quoi ?

Rares sont les femmes qui épousent un homme par la seule loi de l’amour. Les relations sont fortement conditionnées par les pressions sociales. Dans la plupart des cas, ce sont les parents qui choisissent l’élu de leur fille. Le mariage doit lui aussi obéir à certains codes. La famille de la mariée doit offrir une partie de sa richesse à sa belle-famille. Des transactions financières qui prennent différentes formes selon l’origine sociales des époux. Ces présents s’apparentent régulièrement à des grosses sommes d’argent mais dans certaines zones rurales ce sont les terres familiales qui font offices de monnaie d’échange.

Ces pratiques sont souvent critiquées. La femme est réduite à l’état de marchandise. La valeur de la dot dépend de certains critères comme la beauté, le poids, la couleur de peau.. Or ces critères sont très subjectifs et sont propres à chacun. Cela revient à décréter un modèle de beauté universel. On est bien loin du romantisme instauré par les films à l’eau de rose.

Ce système a pourtant été interdit en 1961. Cette interdiction s’avère inefficace, la dot reste monnaie courante dans ce pays. L’argent qu’elle nécessite empêche les parents de financer les études de leur fille. L’éducation passe au second plan, l’honneur de la famille est plus important que tout le reste.

Une fois la cérémonie passée, nombreux sont les époux qui demandent davantage d’argent. Si la famille refuse, la femme devient la cible de violences voir de meurtres. Selon le bureau national des registres de crime, l’Inde est le pays avec le plus grand nombre de décès liés à la dot.

Le gouvernement indien nous indique qu’en 2012, 8 233 femmes sont mortes. Une femme toute les 93 minutes est brulée par son mari en conséquence de ce système. Des chiffres qui sous-estiment fortement la réalité. En effet, beaucoup de ces crimes sont déguisés en accidents domestiques.

Une élimination des filles qui passe de pré-natal à post-natal

 

Liens :

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1028484/mariage-suicide-inde-dot-dettes-agriculteurs-fermier-pere

https://www.persee.fr/docAsPDF/hom_0439-4216_1998_num_38_146_370476.pdf

https://blog.courrierinternational.com/ma-decouverte-de-l-inde/2017/11/13/mariage-a-lindienne-lenvers-du-decor/

https://www.lefigaro.fr/international/2018/01/31/01003-20180131ARTFIG00141-l-inde-manque-de-63-millions-de-femmes.php

 

 

Des femmes peu considérées

« Pays le plus dangereux du monde pour les femmes », voilà comment a été catégorisé l’Inde en 2018 par la fondation Thomas Reuters. Un classement difficile à assumer qui révèle ainsi de nombreux dysfonctionnements au sein de la société. L’accès aux soins médicaux, les discriminations, les violences sexuelles et non sexuelles, l’exploitation humaine et les traditions culturelles sont autant de critères qui ont permis d’établir ce classement. Connue comme la plus grande démocratie du monde, les femmes restent la source de profondes inégalités sur de nombreux plans.  Régulièrement méprisées, elles attisent régulièrement haine et violence. 

Un climat de terreur dans les rues

La rue, surtout lorsque l’on s’y promène seule, est un lieu devenu propice aux agressions verbales, physiques et sexuelles. Selon le quotidien The New Indian Express , qui a interrogé plusieurs femmes vivants dans le pays, certaines femmes évitent de sortir non accompagnée. Quant à celles qui osent, elles regardent constamment par-dessus leurs épaules pour vérifier qu’il n’y a aucun danger.

Le gouvernement français recommande aux femmes de prendre des précautions spéciales, notamment concernant la tenue vestimentaire à adopter. Mais parfois, même des vêtements « décents » ne peuvent complètement les protéger en cas d’agression. 

Le nombre de viols est particulièrement élevé.  Les femmes sont réduites à l’état d’objets sexualisés entrainant de vives critiques de la part des états démocratiques européens.