Le breton, une vie éternelle

Retour aux sources après ce beau voyage autour de la Terre. Cette fois, nous faisons escale en Bretagne, où nous parlerons d’une langue qui continue de vivre par différentes méthodes, pour le bonheur de ses locuteurs-trices, qui ont toujours l’objectif  de préserver cette richesse culturelle. « Bec’h ‘dei ! »

Aux origines du breton

Le breton est une langue d’origine celte qui a évolué au cours de son existence. En 60 avant J-C, l’Empire Romain de Jules César s’accapare la Bretagne et soumet les bretons  à ses ordres.  Ces derniers parviennent tout de même à préserver leur langue jusqu’en 476 après la chute de l’Empire Romain, qui laisse place à une période de construction de petits royaumes à travers le territoire. Vers le 12ème siècle et l’influence des Saxons, le breton et  les autres dialectes brittoniques se séparent pour former d’autres langues. La langue bretonne parlée sur le continent, le gallois et le cornique sur les îles. La langue bretonne est véritablement une langue régionale utilisée pendant plusieurs siècles et ce, jusqu’aux guerres du vingtième siècle. Dès lors, il est devenu interdit de s’exprimer en breton, notamment dès le plus jeune âge à l’école. L’instauration du français comme seule et unique langue autorisée dans un pays pourtant si riche en ressources linguistique, va faire vivre au breton, de longues années d’instabilité.

Les écoles Diwan

Les écoles Diwan en Bretagne n’ont cessées de se développer depuis des années avec le même objectif de préserver la langue bretonne. C’est en 1976, à Lampaul-Ploudalmézezau dans le nord- Finistère qu’est créée la première école Diwan, avec un enseignant pour six élèves. Depuis plus de quarante ans, ces écoles œuvrent pour la pérennité de la langue. Le programme scolaire est exactement le même que les autres écoles. Le financement des projets éducatifs, passe par l’organisation de Fest-noz, de vide-greniers et autres animations diverses. En 2019, 4307 élèves sont inscrits dans des écoles Diwan entre la maternelle et le baccalauréat. Depuis quelques années, le gouvernement reconnait de plus en plus l’existence de ce système immersif, mais peine à satisfaire ses demandes. En témoigne celle, depuis quelques années, de la part des lycéens Diwan de Carhaix, de pouvoir passer les épreuves de mathématiques du baccalauréat en breton.

Le bac en breton

L’idée est lancée il y a quatre ans, durant l’hiver. Les terminales du lycée Diwan à Carhaix, en pleine préparation de leur baccalauréat, apprennent qu’ils ne pourront passer ni les maths, ni les sciences économiques et sociales en langue bretonne. Pourtant, l’apprentissage de ces matières est intégralement effectué en breton. La demande est claire : obtenir l’autorisation de la part du Ministère de l’éducation nationale de passer, dans un premier temps, l’épreuve de mathématiques en langue bretonne. Depuis quatre ans, les lycées ont vécu des rebondissements dans ce projet qui se transmet entre les générations. La création d’une association officielle a permis une nette avancée de la demande, avec un gouvernement qui continue de rappeler que, seul le français ne sera toléré au baccalauréat. Il y a quelques jours, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a laissé entendre à la radio qu’une autorisation serait éventuellement envisagée sans évoquer les détails. En tout cas, le comité du bac en breton (bak et brezhoneg), ainsi que tous les défenseurs de la langue, continuent leur chemin, avec l’éternelle conviction que la langue bretonne n’a pas fini de vivre.

Les biens et services s’y mettent

La langue bretonne, en dehors de l’école, réapparait de plus en plus. Le bilinguisme des panneaux routiers, par exemple, montre la volonté par beaucoup, de voir la langue bretonne affichée publiquement. C’est le collectif « Ai’ta! » qui en est à l’origine avec comme objectif principal, de défendre et promouvoir la langue bretonne. Par ailleurs, la langue bretonne se répand dans l’univers médiatique. En effet, France 3 Bretagne propose un journal télévisé d’informations en breton de manière quotidienne dans la semaine, ainsi que des animations pour les plus jeunes. Plusieurs radios comme Arvorig FM ou France Bleu Breiz- Izel émettent en breton avec des sujets variés. Au service des citoyens, plusieurs avancées sont notables. Aux guichets de banque, la langue bretonne est proposée. Plusieurs commerçants aussi, ont décidé d’afficher leur maitrise du breton en accueillant volontiers des locuteurs-ices, pour échanger avec eux dans la langue régionale. Pour cela, un annuaire a même été lancé pour rechercher plus facilement les professionnels bretonnants. « C’est un atout pour les entreprises bretonnes », affirme les membres de « Mignoned ar brezhoneg » (les amis du breton, en français). Enfin, de nombreux organismes comme « Stumdi » ou « Ti ar Vretoned » permettent l’apprentissage du breton pour les adultes, avec des formules allant de simples cours du soir à des formations de six mois ou plus. Ainsi, lorsque l’on s’y intéresse davantage, nous comprenons que la langue bretonne est en renaissance auprès de nombreux citoyens de tout âge, et continue de se répandre par différents moyens. Cette langue n’a pas fini de vivre ! Ar yezh mañ ‘zo bev c’hoazh !

Voici, comme toutes les semaines, une vidéo musicale dans la langue et la culture présentée. Ci-dessous, l’hymne breton « Bro Gozh ma zadoù » (le vieux pays de mes ancêtres) chanté par Alan Stivell, Gilles Servat, Tri Yann, Louis Capart, Soldat Louis, Renaud Detressan, Gwennyn, Clarisse Lavanant, Rozenn Talec et Cécile Corbel.

Le zoulou et sa flamme retrouvée

En route maintenant pour l’Afrique australe à la rencontre d’un peuple et de sa langue. Là-bas, la colonisation européenne a aussi eu son effet. Pourtant, la culture et notamment la langue de ce peuple  perdurent et sont aujourd’hui reconnus à travers la planète. Bienvenue en terre zouloue.

Famille et typologie

Le zoulou fait partie de la famille des langues bantoues. Cette famille regroupe environ 400 langues parlées dans vingt pays de l’Afrique subsaharienne.  C’est une branche de la grande famille des langues nigéro-congolaise qui compte autour de 310 millions de locuteurs. La définition de cette famille de langue est donnée en 1851 par le linguiste allemand Wilhelm Bleek, pour désigner les langues de l’Afrique centrale. Par ailleurs, le zoulou est une langue SOV (sujet objet verbe) à la manière du quechua que nous avons étudié récemment. C’est-à-dire qu’une syntaxe correcte devient « je l’article lis ». A noter que 40% des langues dans le monde fonctionnent de cette manière. Ensuite, c’est une langue agglutinante qui se sert de suffixes pour faire ressortir toutes les nuances grammaticales d’une phrase.

Un roi, une date

Le roi Chaka est le fondateur de la nation zoulou. Il était un combattant hors-pair qui a fondé son armée grâce à des hommes « en manque de richesses et d’aventures ». Lors des attaques de ses hommes, Chaka tuait un maximum d’ennemis en épargnant les enfants, les femmes et le bétail. Aussi, c’était un homme superstitieux qui se méfiait de l’influence. Pour cela, il tuait toutes les femmes qu’il mettait enceinte pour ne pas prendre le risque de se faire renverser par son futur fils. Plus tard, le 22 janvier 1879, les colons britanniques connaissent la plus lourde défaite de leur histoire, en Afrique australe. Celle-ci est perpétrée  par une armée de 20 000 combattants zoulous, sous les ordres de leur roi, Cetewayo, qui ordonne l’attaque de ses troupes, opposées au pouvoir imposé par les Européens. Surpris et peu protégés, les Anglais subissent l’attaque et perdent près d’un millier d’hommes dans l’affront. Le bruit de cet évènement ne perd pas de temps pour remonter à Londres. Dans la capitale anglaise, la tension est palpable et l’envie de répondre au massacre surprise du peuple zoulou est pressante. Le premier ministre britannique, Benjamin Disraeli, décide d’envoyer  10 000 hommes pour se venger. Après six mois d’intense combat, les terres zouloues sont prises et cette période marque la fin de l’Afrique indépendante.  Dès lors, la course des pays de l’Occident vers l’Afrique démarre.

Le zoulou aujourd’hui

Le peuple zoulou, aujourd’hui, représente environ 20 % de la population sud-africaine. Ses traditions sont encore vivantes, et s’expriment notamment à travers la musique, la danse et l’artisanat. Ainsi, au-delà de l’image d’un peuple guerrier, la culture zouloue va s’élargir au-delà des frontières sud-africaines. Johnny Clegg surnommé le « zoulou blanc », va faire connaître les chants et les danses zouloues à la planète entière. Ses tubes mêlent le chant zoulou et la guitare électrique. Dans les années 80, des groupes comme « Scatterlings Of Africa » ou « Asimbonanga », en hommage à Nelson Mandela, se font connaître dans le monde entier, jusqu’à donner vie à la culture zouloue dans l’environnement médiatique. A titre anecdotique, la célèbre chanson « Le lion est mort ce soir », poularisé aux Etats Unis et en France, est initialement d’origine zouloue. En effet, c’est le Zoulou Solomon Linda qui en est à l’origine, en 1939. Sinon, le tourisme occupe également une place en terre zouloue. Le village de Shakaland, reconstitué en 1984 pour un film américain, permet aux visiteurs de s’immerger dans la culture locale. Enfin, la pérennité de la culture et de la langue zouloue se fait par des transmissions entre les générations. Les médias et les écoles spécialisées en zouloues, comme il en existe dans les différents pays que nous avons étudiés, n’existent pas en terre zouloue.

Voici, comme chaque semaine, une vidéo en chanson du peuple présenté. Celle-ci est une chanson du « zoulou blanc », Johnny Clegg intitulée « Scaterlings Of Africa », avec des images du clip qui montre le peuple zoulou en train de danser, et plus particulièrement les jeunes « Scaterlings », qui signifie en anglais « les vagabonds ou sans domicile fixe ».

Le quechua et sa traversée des époques

Nous traversons la Terre, à présent, pour rejoindre l’Amérique latine où, depuis quelques dizaines de siècles, vit le quechua. Cette langue indigène qui a notamment vécu l’arrivée des colons Européens, a continué de vivre au fil des siècles.

Un peuple contrarié

Le quechua est apparu vers -2000 av JC, durant la période de civilisation Chavin, qui est une immense vallée située dans la Cordillère blanche, au cœur du Pérou actuel. C’est là-bas que vont émerger des populations, qui peu à peu, usent de leurs découvertes et connaissances pour continuer à se développer. Quelques siècles plus tard, l’Empire Inca également appelé « peuple quechuas », devient maître sur la région et le restera jusqu’à l’arrivée des Espagnols, à la fin du 15ème siècle. Cette arrivée des « hommes blanc » est un tournant dans l’Histoire des peuples d’Amérique, qui voient une nouvelle culture s’imposée et ce, contre leur gré. Les colons espagnols veulent imposer leur suprématie, souvent de manière violente, ce qui va créer un véritable choc culturel notamment par l’imposition de la religion catholique, la destruction des temples, la mise à mort des opposants. L’intolérance semble ici être à son paroxysme. Cependant, au-delà des barbaries auxquelles ont été confrontés les indigènes sud-américains, ces derniers sont tout de même parvenus à préserver leur culture comme ils le pouvaient. Les découvertes modernes de la société sud-américaine pré-colonialisme, démontrent parfaitement l’autonomie que possédaient ces peuples avant l’arrivée des Européens. En effet, les habitants des Andes dans l’Antiquité maitrisaient des techniques de métallurgie et détenaient même des connaissances en astrologie. Pourtant, après toutes ces épopées, la langue quechua continue de vivre, aujourd’hui encore.

Une construction grammaticale précise

Au 21ème siècle, le quechua compte environ dix millions de locuteurs dispersés dans cinq pays d’Amérique du sud (Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie, Argentine). Il est nécessaire de savoir que la moitié des gens en capacité de l’utiliser, sont de nationalité péruvienne. D’ailleurs, 500 000 locuteurs du quechua résident à Lima, la capitale du Pérou. Symbole de la résistance d’une langue, le quechua est la langue autochtone la plus utilisée sur le continent sud-américain, rivalisant avec l’espagnol et le portugais dans les pays comme le Pérou ou l’Equateur. Aussi, cette langue détient principalement deux caractéristiques en termes de typologie morphologique. D’abord, c’est une langue SOV (sujet objet verbe). C’est-à-dire qu’à la manière du Japonais par exemple, une syntaxe correcte devient « je l’article lis ». A noter que 40% des langues dans le monde fonctionnent de cette manière. Ensuite, c’est une langue agglutinante qui se sert de suffixes pour faire ressortir toutes les nuances grammaticales d’une phrase. Un peu à l’image du français, les mots sont constitués de morphèmes. C’est le découpage d’un mot pour préciser sa signification. (Ex pour « sportive » : sport = la pratique/ ive = le sujet / s = l’indication du pluriel). Un mot comme baby-foot ne contient qu’un morphème qui précise sa nature. Ici, un objet de divertissement.

Le quechua à l’avenir

Nous évoquerons l’importance de la protection du quechua sous trois exemples. Comme nous l’apprenions dans les articles précédents  et que nous continuerons d’évoquer, la pérennité d’une langue est permise par son apprentissage dès le plus jeune âge. Dès lors, l’imposition d’apprentissage d’une langue (outre maternelle), à l’école, semble nécessaire. Les Constitutions au Pérou (1993), en Equateur (2008) et en Bolivie (2009), ont rendu cette langue officielle  pour permettre aux écoliers d’apprendre le quechua en parallèle de l’espagnol. Ensuite, dans une approche plus précise encore, la richesse d’une langue comme partout sur Terre, détient des savoirs vernaculaires (propres au pays) pour évoquer un vocabulaire spécifique selon les domaines (écologie, agriculture, élevage…). Le risque encouru par l’imposition de langue majeure au détriment des langues minoritaires, est de perdre cette richesse linguistique. Enfin, le quechua a historiquement été facteur d’unification des peuples qui, par leur talent, restent à l’origine d’une des merveilles du monde : le Machu Picchu.

Voici, comme chaque semaine, une vidéo d’une chanson dans la langue présentée. Celle-ci, évoque la souffrance des enfants qui ne s’adaptent pas tous à la culture espagnole, et notamment à la langue. Ainsi, la chanteuse les invite à se demander « qui ils sont vraiment ? »  L’objectif étant de comprendre et d’assumer leurs origines.  Les sous-titres en quechua sont disponibles. Bon visionnage.

Le laotien et sa puissance unificatrice

Partons à présent vers l’Asie où nous irons à la découverte d’une nouvelle langue. Situé entre la Thaïlande et le Vietnam dans le sud-est du continent, le Laos recense en 2018 près de 7,3 millions d’habitants. Sa langue, le laotien, a connu quelques évolutions au fil des siècles, pour devenir aujourd’hui une langue nationale. Il reste cependant nécessaire de la préserver pour ne pas qu’elle disparaisse.

Une pluralité linguistique régionale

L’Asie est le continent le plus peuplé de la planète avec, en 2019, une population de 4,6 milliards d’habitants, soit 59,7% de la population mondiale. Une population dense dans laquelle se mélangent les cultures et notamment les langues. L’intérêt que nous portons ici à l’étude du laotien est que cette langue est commune à la population d’un pays, le Laos, dans lequel il existe 80 langages différents. D’origine monosyllabique, la langue laotienne s’est enrichie au fil des siècles, au contact d’autres langues proche, pour devenir l’une des langues les plus parlées de cette région du sud-est asiatique. Par ailleurs, l’alphabet laotien est commun à celui de la langue thaï. Il comporte 38 consonnes et 27 voyelles, avec une écriture de gauche à droite.

Une typologie marquée

Chaque langue dans le monde détient sa propre typologie. Celle-ci diffère selon l’origine de la langue notamment du point de vue de la syntaxe, de la prononciation et de l’écriture. Du point de vue syntaxique, le laotien est proche du français, avec la suite du sujet-verbe-objet. (je lis un article). Ensuite, l’une des caractéristiques du laotien est sa typologie morphologique dite « isolante ». En effet, les mots sont invariables et ne s’accordent sans aucune façon, à la manière du chinois par exemple. Enfin, cette langue est « tonale » soit fondée sur la prononciation et l’utilisation d’un ton précis. Sans quoi certains mots perdraient leur sens.

Les différentes langues du globe sont généralement classées en famille d’origine, souvent  selon leur étymologie et ressemblances typologiques. Le laotien fait partie de la famille thaï-kadai qui regroupe environ 70 langues en Asie avec 55 millions de locuteurs-trices. La langue nationale des Thaïlandais, le thaï, est maitrisée par 25 millions de personnes quand le laotien n’en compte que 3 millions. A noter que la famille de langue la plus répandue sur Terre, est celle des langues nigéro-congolaise sur le continent africain. Ainsi, cette langue connu de tous au Laos, se démarque par son utilisation commune intersubjective, pour unifier en une langue, les dizaines d’autres qui y vivent au quotidien. La famille des langues thaï-kadai reste néanmoins une richesse culturelle qu’il est impératif de préserver.

Une langue à préserver

A la lecture d’un témoignage d’un jeune franco-thaï, nous comprenons que la langue laotienne a évolué au fil des années, influant sur sa compréhension pour ses descendants. D’après ce qu’il raconte, les jeunes à qui il a montré un texte vieux de trois générations, n’étaient pas en mesure de déchiffrer ce qui était inscrit. Il explique par ailleurs que ces langues, et notamment le laotien, sont apprises à l’oral dès le plus jeune âge mais que l’apprentissage est rarement consacré à la lecture, à l’écriture, et à l’histoire de la langue. Or, ce sont ces éléments qui permettent la pérennité d’une langue. Ce ne serait sans rappeler le dicton d’Horace, « les écrits restent, les paroles s’envolent ». Il existe par ailleurs des médias qui diffusent quotidiennement leurs informations en laotien (télévision, presse, radio, web) La langue laotienne est transmise aux nouvelles générations notamment pour son ancrage très important dans la culture nationale. Pour cela, c’est une langue pleinement vivante et loin de s’éteindre mais qui reste indéniablement à préserver

Voici ci-dessous une vidéo illustrant trois danses traditionnelles laotiennes accordées à leur chant respectif.  (les sous-titres aident à la compréhension, bon visionnage).

 

Le catalan, symbole d’une région

A l’heure où le conflit entre Madrid et Barcelone lié à l’emprisonnement de neuf dirigeants indépendantistes catalans mobilise les citoyens sur la Rambla et partout en Catalogne, il semble intéressant de se tourner vers cette région en évoquant l’attachement de ce peuple pour ses terres et la place de la langue catalane.

Des origines d’une culture ancrée.

Vers 800 après J-C, l’empire carolingien de Charlemagne règne en maître sur l’Europe occidentale. Cet empire est le royaume franc du haut Moyen-Age. Son large territoire qui englobe les Pays Bas, l’Autriche et l’Italie d’aujourd’hui,   est néanmoins limité à la frontière pyrénéenne où à cette époque, l’Espagne musulmane d’El Andalous est installé. C’est dans cette région que se développent les premiers comtés, avec notamment celui de Barcelone. Très vite, les Carolingiens s’y installent et imposent leur supériorité. Seulement, leur empire prend fin en 924 et cela marque le début de l’émergence  du comté de Barcelone, vers le sud de l’Espagne, dans ce qui est aujourd’hui, la Catalogne. C’est la période qui voit les Chrétiens se diriger vers le sud et reprendre leurs terres ibériques conquises par les Arabes au VIIème siècle. Plus tard, en 1137, le mariage entre le comte de Barcelone et l’héritière du royaume d’Aragon va permettre une unification des terres. Les ports de Barcelone, Valence et Majorque deviennent alors les pôles économiques les plus importants de la Méditerranée. Le second mariage fondateur est celui de Ferdinand II avec Isabelle la Catholique, respectivement roi d’Aragon et reine de Castille, en l’an 1469. En 1492 et la découverte de l’Amérique au nom de la Castille, Madrid va définitivement sceller sa prééminence politique. Par ailleurs,  à partir de 1715, la France en tant que grande puissance de cette époque, récupère le trône en Espagne et décide d’effectuer une politique de centralisation. Bien que les régions y perdent en autonomie, la Catalogne va connaître une évolution économique et démographique importante, ce qui va la rendre plus avancée que les autres régions du pays, y compris la Castille. En 1932, la seconde République espagnole accorde à la Catalogne un statut d’autonomie, « la Généralité espagnole ». Le pouvoir de Franco va néanmoins lourdement affaiblir l’autonomie de la région qui ne la retrouvera qu’en 1975, lorsque le dictateur décède. Ainsi, la Catalogne est une région très autonome. D’ailleurs, les relations entre Madrid et Barcelone sont parfois tendues au sujet de la place à accorder à la langue catalane, véritable enjeu politique et idéologique.

 

Le catalan au quotidien

Tout au long de son histoire, la Catalogne s’est battue pour son autonomie. D’ailleurs, l’importance portée envers sa langue comme pouvoir d’autonomie, est un élément fondamental. La langue catalane est née bien avant l’espagnol et le français. C’est au Xème siècle, quand celles-ci commençaient à apparaître, que le catalan a connu ses heures de gloire. Cette langue d’origine romane est principalement répandue sur l’Ouest de l’Espagne et dans le sud de la France. Sa propagation s’explique par les mouvements des peuples que nous évoquions au préalable, après la chute de l’Empire Carolingien, en 924 après J-C.  D’après les recherches, le nombre de locuteurs catalan dans ses régions proches, serait de 6,3 millions en comptant huit zones géographiques bien distinctes. La Catalogne contient tout de même 60% de locuteurs de la langue. A noter également que 90% des 15-29 ans sont en mesure de parler catalan. Le nombre total dans le monde de personnes en capacité de s’exprimer en catalan est autour de 10 millions. Par ailleurs, le statut de « Généralité espagnole », établi en 1932,  a permis l’autorisation de l’apprentissage bilingue, espagnol-catalan, dans le système scolaire, dès le plus jeune âge. Aussi, le catalan est présent dans l’espace publique. Il existe des journaux, radios et télévisions catalanes. Par exemple, « TV3 » est une chaine publique de télévision catalane créée en 1983. Enfin, en 2010, cinq chaines catalanes obtiennent l’autorisation d’émettre en France.

Le poids d’une langue

Dans le monde moderne dans lequel nous vivons, tout le monde est emmener à migrer d’une manière ou d’une autre. Les cultures sont plus facilement emmenées à se rencontrer aujourd’hui, en comparaison aux siècles précédents. Ce qu’il faut comprendre par cela c’est qu’au vu des flux humains partout dans le monde, une langue a plus de chance de se répandre mais en a tout autant de perdre sa localisation initiale si les descendants d’une langue partent aux quatre coins du monde. Or, en Catalogne, les nouveaux arrivants cherchent la plupart du temps une intégration par le biais de la langue. C’était notamment le cas pour le footballeur brésilien Neymar, qui lors de ses années sous les couleurs blaugranas, avait appris le catalan. C’est ainsi que le cœur de la langue catalane continue de battre au fil des années. Les tensions entre Barcelone et Madrid qui émergent depuis quelques semaines, sont à l’image du peuple que nous venons de présenter. Les Catalans s’en sont toujours sorti sans l’omniprésence de Madrid. C’est un peuple autonome, attaché à son histoire et à sa culture qui rejette toutes les formes de pressions extra-frontalières. La demande d’indépendance est un sujet sensible pour une Catalogne qui aurait toutes les raisons de l’être (langue, culture, économie…), mais qui reste assujettie  à des enjeux politiques.

Voici une courte vidéo lors de la rencontre de football entre Barcelone et Madrid, qui montre un peuple uni derrière son équipe.

 

Le sumérien aux origines de nos connaissances

«L’Histoire commence à Sumer». Cette citation de l’historien américain Samuel Noah Kramer, qui deviendra par la suite le titre d’un de ses ouvrages, en dit long sur l’importance de cette ancienne région sumérienne où se trouve aujourd’hui l’Irak. En -3300 avant J-C, dans la région de Sumer en Mésopotamie, une révolution urbaine laisse apparaître une organisation sociale structurée. Les progrès majeurs de cette époque qui ont marqués l’Histoire, donnent naissance à la première langue humaine; le sumérien.

Une pluralité linguistique internationale

Les langues permettent, d’après la définition du Larousse, «une capacité chez l’Homme d’exprimer sa pensée et de communiquer au moyen d’un système de signes vocaux et éventuellement graphiques». D’après des chiffres émis par différentes sources ethnologiques, il existerait entre 6000 et 7000 langues sur Terre. Celle qui sont très peu pratiquée disparaissent et sont de l’ordre d’une vingtaine par an. «Chaque langue qui meurt est une culture qui s’éteint», souligne Virginie Lamotte pour le site «Nouvelle Europe».  D’après le site web scientifique « Futuroscopie », 97% des langues dans le monde ne sont utilisées que par un million de locuteur. Les langues minoritaires sont très nombreuses et illustrent une véritable richesse culturelle. Pour Federico Fellini, le réalisateur de cinéma italien « une langue différente est une vision différente de la vie ». Le mandarin reste la langue la plus utilisée(1,2 milliard) talonnée par l’espagnol (560 million)et l’arabe (315 million). Par ailleurs, le nombre de locuteurs anglophones varie  selon les sources. En 2012, Le Parisien affirme que la langue de Shakespeare est la plus comprise à travers le monde sans pour autant avoir une majorité capable de la maitriser couramment.  En 2018, le site web Atlasocio établissait le nombre de locuteurs anglophones à 1,1 milliard. Ainsi, il faut nuancer ces chiffres en différenciant la maitrise courante de la langue de sa simple compréhension.

L’écriture comme communication indélébile du progrès

L’arrivée massive des communautés humaines sur le territoire sumérien, il y a 5000 ans, a énormément contribué au développement de la région. Le progrès scientifique par le biais de l’astronomie et l’amélioration technique des transports de marchandises sont des avancés remarquables. Ces savoirs acquis, donnent lieu aux premières écritures effectuées sur des tablettes d’argile. Ces écrits demeurent intacts pour certains aujourd’hui, et ont permis de comprendre le fonctionnement d’un peuple qui, aujourd’hui encore, est connu comme la première civilisation humaine.

La naissance d’une langue

La multiplication des peuples sur les terres sumérienne était aussi une cause de rivalités humaines. En effet, les affrontements physiques étaient fréquents. C’est en cela que la langue sumérienne avait une force d’unification. Les chefs transmettaient leur messages avec clarté et nul ne pouvait faire semblant d’ignorer les ordres. Par ailleurs, cette rigueur a donné naissance à des organisations administratives et politiques ordonnées. La compréhension entre les citoyens était nettement plus simple. Deux millénaires avant J-C, les multiples communautés sumériennes de Mésopotamie vont laisser place à une seule et unique cité. C’est la naissance de Babylone.

Une langue disparue, pourtant éternelle

Aujourd’hui, le sumérien est considéré comme une langue morte. C’est-à-dire qu’il n’existe plus personne en capacité de le parler ou de l’écrire. Cette langue reste tout de même la fondation des communications intersubjectives. Il existe de nombreux ouvrages consacrés au peuple sumérien et à sa langue comme celui de l’enseignant britannique Piotr Michalowski, à l’origine de The Lamentation over the destruction of Sumer and Ur ou l’œuvre que nous évoquions de Samuel Noah Kramer intitulée L’Histoire commence à Sumer. Par ailleurs, une interprétation de l’épopée de Gilgamesh, le plus ancien texte sumérien au monde, a été réalisé par le chanteur Peter Pringle en 2017. (vidéo ci-dessous)

Ainsi, bien qu’aujourd’hui disparue, la langue sumérienne fait partie de la culture de l’Humanité et a permis le fondement des premières connaissances ; des progrès techniques et scientifiques puis également grandement contribué à l’unification des peuples.