Le quechua et sa traversée des époques

Nous traversons la Terre, à présent, pour rejoindre l’Amérique latine où, depuis quelques dizaines de siècles, vit le quechua. Cette langue indigène qui a notamment vécu l’arrivée des colons Européens, a continué de vivre au fil des siècles.

Un peuple contrarié

Le quechua est apparu vers -2000 av JC, durant la période de civilisation Chavin, qui est une immense vallée située dans la Cordillère blanche, au cœur du Pérou actuel. C’est là-bas que vont émerger des populations, qui peu à peu, usent de leurs découvertes et connaissances pour continuer à se développer. Quelques siècles plus tard, l’Empire Inca également appelé « peuple quechuas », devient maître sur la région et le restera jusqu’à l’arrivée des Espagnols, à la fin du 15ème siècle. Cette arrivée des « hommes blanc » est un tournant dans l’Histoire des peuples d’Amérique, qui voient une nouvelle culture s’imposée et ce, contre leur gré. Les colons espagnols veulent imposer leur suprématie, souvent de manière violente, ce qui va créer un véritable choc culturel notamment par l’imposition de la religion catholique, la destruction des temples, la mise à mort des opposants. L’intolérance semble ici être à son paroxysme. Cependant, au-delà des barbaries auxquelles ont été confrontés les indigènes sud-américains, ces derniers sont tout de même parvenus à préserver leur culture comme ils le pouvaient. Les découvertes modernes de la société sud-américaine pré-colonialisme, démontrent parfaitement l’autonomie que possédaient ces peuples avant l’arrivée des Européens. En effet, les habitants des Andes dans l’Antiquité maitrisaient des techniques de métallurgie et détenaient même des connaissances en astrologie. Pourtant, après toutes ces épopées, la langue quechua continue de vivre, aujourd’hui encore.

Une construction grammaticale précise

Au 21ème siècle, le quechua compte environ dix millions de locuteurs dispersés dans cinq pays d’Amérique du sud (Colombie, Equateur, Pérou, Bolivie, Argentine). Il est nécessaire de savoir que la moitié des gens en capacité de l’utiliser, sont de nationalité péruvienne. D’ailleurs, 500 000 locuteurs du quechua résident à Lima, la capitale du Pérou. Symbole de la résistance d’une langue, le quechua est la langue autochtone la plus utilisée sur le continent sud-américain, rivalisant avec l’espagnol et le portugais dans les pays comme le Pérou ou l’Equateur. Aussi, cette langue détient principalement deux caractéristiques en termes de typologie morphologique. D’abord, c’est une langue SOV (sujet objet verbe). C’est-à-dire qu’à la manière du Japonais par exemple, une syntaxe correcte devient « je l’article lis ». A noter que 40% des langues dans le monde fonctionnent de cette manière. Ensuite, c’est une langue agglutinante qui se sert de suffixes pour faire ressortir toutes les nuances grammaticales d’une phrase. Un peu à l’image du français, les mots sont constitués de morphèmes. C’est le découpage d’un mot pour préciser sa signification. (Ex pour « sportive » : sport = la pratique/ ive = le sujet / s = l’indication du pluriel). Un mot comme baby-foot ne contient qu’un morphème qui précise sa nature. Ici, un objet de divertissement.

Le quechua à l’avenir

Nous évoquerons l’importance de la protection du quechua sous trois exemples. Comme nous l’apprenions dans les articles précédents  et que nous continuerons d’évoquer, la pérennité d’une langue est permise par son apprentissage dès le plus jeune âge. Dès lors, l’imposition d’apprentissage d’une langue (outre maternelle), à l’école, semble nécessaire. Les Constitutions au Pérou (1993), en Equateur (2008) et en Bolivie (2009), ont rendu cette langue officielle  pour permettre aux écoliers d’apprendre le quechua en parallèle de l’espagnol. Ensuite, dans une approche plus précise encore, la richesse d’une langue comme partout sur Terre, détient des savoirs vernaculaires (propres au pays) pour évoquer un vocabulaire spécifique selon les domaines (écologie, agriculture, élevage…). Le risque encouru par l’imposition de langue majeure au détriment des langues minoritaires, est de perdre cette richesse linguistique. Enfin, le quechua a historiquement été facteur d’unification des peuples qui, par leur talent, restent à l’origine d’une des merveilles du monde : le Machu Picchu.

Voici, comme chaque semaine, une vidéo d’une chanson dans la langue présentée. Celle-ci, évoque la souffrance des enfants qui ne s’adaptent pas tous à la culture espagnole, et notamment à la langue. Ainsi, la chanteuse les invite à se demander « qui ils sont vraiment ? »  L’objectif étant de comprendre et d’assumer leurs origines.  Les sous-titres en quechua sont disponibles. Bon visionnage.

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